Vous êtes ici

N° 125 :

Avis

Les relations entre la santé humaine et la biodiversité, la partie vivante de la nature, sont à la fois
documentées et complexes. Si la biodiversité est une menace au regard du réservoir de maladies et de
vecteurs qu’elle comporte, elle est aussi une source essentielle de molécules actives, au-delà des
services directs que les écosystèmes rendent à la santé et au bien-être de l’humanité. L’ensemble de
ces éléments fait de la biodiversité un enjeu majeur de santé pour l’humanité. Or, les connaissances
actuelles dans les sciences de la vie et de l’environnement soulignent le caractère parfois dramatique
de l’érosion de la biodiversité notamment sous la pression des activités anthropiques, ainsi que
l'ampleur nouvelle de la contribution humaine à la biodiversité.

En proposant une réflexion éthique sur les relations de l’humanité avec la biodiversité et, plus
largement, la nature, le CCNE rappelle d’abord que l’humanité fait partie de la biodiversité. Sa
position au sein de la biodiversité et ses capacités à l’altérer rendent nécessaire un changement des
relations qu’elle tisse avec l’ensemble du vivant. Le questionnement éthique réside dès lors dans
l’analyse des conséquences de nos actions voire, plus fondamentalement, dans l’analyse des causes,
c’est-à-dire les modalités de nos interactions avec les autres membres de l’humanité et l’ensemble du
vivant.

Pour le CCNE, la démarche éthique en sciences de la vie et de la santé se doit de porter dans le débat
public les questionnements sur les causes de la pérennité de la pauvreté et de la faim dans le monde ou
sur l’accroissement de la paupérisation relative et des problèmes de santé, en rapport avec les atteintes
à la biodiversité, l’augmentation de la démographie et l’accroissement des flux migratoires. Au sein du
vivant, la responsabilité particulière de l’humanité l’oblige aussi à questionner la notion de progrès
jusqu’ici assimilée à une maîtrise croissante du vivant.

Cette responsabilité concerne, au premier chef, les communautés scientifiques appelées à faire preuve
d’humilité pour mieux comprendre les liens entre biodiversité et santé, dans un contexte
d’imprévisibilité inhérente aux processus dynamiques en interaction, en particulier ceux de l’évolution
biologique.
Alors que les biotechnologies de transformation du génome sont de plus en plus performantes et aisées
à mettre en oeuvre, il est essentiel de mobiliser une éthique de responsabilité dans les domaines
scientifiques et techniques.
Mieux partager l'ensemble des connaissances scientifiques, tout en contribuant aux questionnements
de leurs applications, avec les décideurs politiques et l’ensemble de la société, constitue un enjeu
éthique majeur.

La protection et l’usage de la biodiversité nécessitent une analyse éthique plus complexe que le seul
objectif de sa conservation, d’autant plus que les altérations de la biodiversité sont souvent à mettre en
corrélation avec la situation de fragilité de nombreuses populations humaines.
Approche éthique et solidarité doivent être mobilisées conjointement pour intégrer les perspectives de
lutte contre la pauvreté dans la question de la gestion à long terme des ressources naturelles.

Abandonner l’utopie d’une nature asservie par l’humanité et rechercher des synergies entre les
possibles développements de l’humanité ainsi que le respect des processus dynamiques des
écosystèmes s’impose désormais, tant au niveau local qu’à travers des éléments de gouvernance
mondiale qui restent à inventer.
Cela passera nécessairement par l’engagement des citoyens, dont les scientifiques, dans
l’identification de pistes d’actions pour faire évoluer le droit dans ce domaine.

C’est sur la base de ces questionnements éthiques que ce rapport propose de rechercher les voies d’une
coévolution raisonnée de l’humanité avec l’ensemble du vivant afin de mieux préserver ses
potentialités de bien-être et de santé.